Hector Castells-Matutano à l'UGC Gobelins


Après 17 mois de travaux et avec une programmation toujours plus riche et diversifiée, l'UGC Gobelins a rouvert début août passant de 7 à 11 salles. UGC continue de soutenir l'art sous toutes ses formes en invitant l'artiste Hector Castells-Matutano à diffuser une œuvre inédite sur l'immense écran de la façade du cinéma.
 
Hector Castells-Matutano Hector Castells-Matutano

Hector Castells-Matutano dans son atelier © Eddy Brière

 
Hector Castells-Matutano (né à Barcelone en 1978) fait partie de ces artistes qui dédient la totalité de leur existence à leur œuvre. Après avoir étudié la sculpture au prestigieux Royal College of Art de Londres, il se tourne vers sa passion initiale : les procédés cinématographiques. Il passe la plupart de son temps à sculpter l'image - à défaut de sculpter la matière - dans des chambres obscures où les odeurs de produits chimiques conjuguées à des flashes de lumière donnent vie, après plusieurs journées de travail, à quelques secondes de film. Pour construire ces formes abstraites, vibrantes et délicates, il utilise des images fixes comme des diapositives collectées dans des vides greniers ou de la lumière en mouvement… capturée sur les Champs-Elysées ! Grâce à des procédés optiques inventés par ses soins, l'artiste isole formes et couleurs à l'aide de masques puis les met en mouvement, telle une danse prenant vie sur des kilomètres de bobines.  
 

« Il n'y a pas d'opposition entre la connaissance et le monde sauvage,
entre le désordre et la culture, entre l'art et la vie :
ceux qui aimeraient nous faire croire que l'art est une sphère séparée du monde
essayent de maintenir un système isolé. »

 
Il y a clairement une dimension romantique chez Hector Castells-Matutano, qui s'exprime dans un désir de libérer la perception en inventant des paysages de couleur faits avec les matériaux élémentaires du cinéma primitif. C'est ce qu'il exprime d'une autre manière dans ses performances, en chantant d'une voix douce : « Je lance des couleurs comme on lance des bombes ».

Il n'est pas étonnant que les artistes s'intéressent à la fabrication de leurs propres médias, ou qu'ils travaillent avec des technologies du passé pour nous rappeler que nos visions du monde, et même nos émotions, sont transmises à chaque époque à travers différents supports matériels.

Pour son intervention à l'UGC Gobelins, Hector Castells-Matutano crée un cinéma chorégraphique, libéré de l'obligation de raconter une histoire pour ouvrir des possibilités qu'il ne cherche pas à contrôler au moment de réaliser ses films. « Il y a certaines images qui ne peuvent être créées que manuellement. Il y a quelque chose de magique, pour moi, à faire ces films en n'utilisant que des images fixes, des diapositives ou des photos, que je mets en mouvement à travers un appareil photographique », évoque l'artiste. Intégrant des accidents analogiques et digitaux, il s'en dégage un mouvement fait de respirations, transparences et opacités, pour créer des jeux chorégraphiques de couleur à la fois abstraits et évocateurs. L'artiste invente un signal poétique dans l'espace urbain. L'œuvre initie une expérience visuelle et émotionnelle dès les abords du cinéma, tant pour les spectateurs que pour le flâneur. Nouveau phare sur l'avenue des Gobelins, les halos de l'œuvre de Castells-Matutano offrent à tous un moment de méditation, de suspension ou d'errance intérieure.

Mise en situation de l'œuvre d'Hector Castells Matutano

 

« Je souhaite faire des films qui sont des sculptures. En dissolvant les frontières et en travaillant contre toute catégorisation, je construis mon travail sur le principe de la cohabitation. »

Le travail d'Hector Castells-Matutano est également à retrouver sur les écrans intérieurs des cinémas UGC. Glissées entre d'autres contenus, ces plongées dans la magie du projecteur offrent une respiration artistique aux spectateurs, comme un avant-goût de l'expérience cinématographique qu'ils s'apprêtent à vivre.

Texte de Pedro Morais
 

Œuvre produite par Manifesto